25 août 2005

Les salles d'arcade, haut lieu d'échanges culturels

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Effectivement, on trouve depuis fort longtemps dans ces lieux obscurs, un coin "affrontements" où les bornes sont reliées par deux. En ce moment les titres privilégiés pour ces affrontements sont Virtua Fighters 4 Evolution et Mobile Suit Z Gundam AEUG VS Titans, mais on compte également des jeux de mah-jong ou de cartes magnétiques dans la pure tradition nipponne, et depuis l'avènement de Street Fighter II il y a 15 ans, le rituel n'a guère changé. On met sa pièce de 100 yens, et après avoir choisi un combattant, le jeu peut commencer. Malgré la proximité, de 1 à 2 mètres à peine, l'adversaire humain est souvent quelqu'un que l'on ne connaît pas : on se bat sans un mot, et en cas de victoire on continue de jouer sans aucun changement, le perdant déboursera quant à lui 100 yens de plus pour continuer. La plupart des parties se déroulent ici sans un échange verbal car les jeux de combats n'existent que dans le but d'une opposition virtuelle et n'ont aucune raison d'offrir plus. Ne pas adresser la parole à son adversaire est donc devenu une sorte de politesse. Voilà pourquoi on peut entrer dans une salle, faire sa partie contre un inconnu et repartir sans se préoccuper d'une étiquette quelconque. Il existe naturellement quelques dérapages où des nouveaux venus d'autres quartiers viennent se mesurer aux habitués de salles alentours et finissent par déclencher des bagarres, bien réelles celles-ci, mais dans la grande majorité des cas, cela se finit dans le calme le plus serein.

Malgré ces affrontements aphones et la discrétion qui en découle, on pourrait en déduire qu'il est ainsi difficile, voire impossible, de créer toute forme de communauté dans un tel lieu où se croisent pourtant chaque jour des centaines d'habitués. Là encore, les salles nippones ont leur particularité puisqu'elles permettent aux joueurs d'utiliser des cahiers. Le même genre de cahiers que l'on utilise à l'école, posés sur le comptoir de la salle, ou près des jeux de baston. Tout le monde peut le lire, et naturellement y écrire selon son humeur : les joueurs doués pour le dessin y font des illustrations, d'autres encore écrivent ce qu'ils ont fait de leur journée dans un anonymat total, exactement comme dans les forums sur Internet. Dans les salles très fréquentées destinées aux hardcore gamers, on peut même trouver un cahier par jeu, ou encore des cahiers uniquement pour les illustrations ou les histoires.

Cela peut sembler naturellement archaïque pour des Occidentaux, mais ces feuillets sont d'une importance capitale pour créer des échanges. Par exemple, certains joueurs de Tekken ou de Virtua Fighter se réunissent par son biais, s'affrontent pour comparer leurs talents et de ces tournois improvisés naissent parfois des "star players" nationalement reconnus. Certains sont même tellement célèbres qu'ils finissent par rejoindre les rédactions de magazines comme Famitsu pour écrire des conseils techniques sur les jeux de combat. Les grands combattants ont des noms de scène qu'ils utilisent lors des tournois, et les lecteurs de cahiers dans les salles d'arcade peuvent parfois reconnaître un des membres de leur salle.

Chronique par Shundo Kakizaki.
Article publié le 19/03/2004

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